Transcendance / Trancendence

Un futur indéterminé : l’électronique ne fonctionne plus, la Terre est envahie par une végétation luxuriante. Max retourne dans le jardin de ses amis… Flashback quatre ans plus tôt.

Evelyn et Will Caster sont des chercheurs dont le domaine est celui de l’intelligence artificielle. Juste après une conférence, lui est agressé par des terroristes anti-singularité (une balle empoisonnée au polonium, c’est fourbe, j’adore : s’il survit à la balle, il est contaminé par un poison contre lequel il n’y a pas d’antidote. Wouuuuh !) Evelyn et leur ami Max décident de tenter de télécharger la conscience de Will dans un super-calculateur.
Ils réussissent…

D’abord, intelligence artificielle = IA. C’est plus simple.
J’utilise plus haut le terme de « singularité. » Sous ce concept se planque l’idée d’une machine qui deviendrait consciente, comme n’importe quel la majorité des êtres humains (parce que décidément, de trop nombreux de mes congénères sont trop cons), avec tout ce que la conscience implique, notamment du point de vue de la mortalité…
Enfin, je suis allé voir ce film en sachant qu’il me filerait les miquettes. Ça trop bien réussi…
Bon, sinon, ça va spoiler…

Je commence par la forme : rien à redire. Les effets spéciaux sont au micro-poil, la réal’ au service de la narration – même s’il y a eu un ou deux flashbacks  (ou flash-forward ?) avec lesquels j’ai eu un peu de mal sur la fin. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’image projetée du visage de Caster devenait de plus en plus fine au fur et à mesure qu’il gagnait en puissance – c’est très parlant.
Le jeu d’acteurs… un peu décevant, en fait. Johnny Depp et Morgan Freeman étaient égaux à eux-mêmes. J’avoue toutefois être content de voir Depp ailleurs que dans un film de Tim Burton. La combinaison Freeman / Murphy (j’ai failli ne pas le reconnaître… honte sur moi) aurait dû me mettre la puce à l’oreille, Christopher Nolan est producteur exécutif. Disons que le casting est là pour servir la fable et que c’est exactement ce qu’il fait.

Et putain, LA GUEULE DE LA FABLE.

Par où commencer ?

L’idée d’une IA qui prend conscience n’est pas neuve. Parfois, ça se passe bien (Short-circuit) mais en général ça se passe mal (je pense en particulier à Metropolis – l’anime inspiré du manga d’Osamu Tezuka et du film de Fritz Lang, le second ayant déjà inspiré le premier…) : prenant conscience de ses capacités et de l’Histoire, les humains ont généralement intérêt à se planquer.
Ceci dit, là, on fait face à la duplication d’un esprit, d’une conscience, qui se retrouve enchâssée dans un super-calculateur conçu pour être une IA.
Est-on toujours face à une intelligence artificielle ? Ou bien une super-conscience ?
Toujours est-il que la mise en ligne de Will lui permet d’accroître ses capacités cognitives, déjà formidables (il est quasiment traité de surdoué), aussi bien par la puissance de calcul que par l’étendue du savoir (toute base de données accessible) mais également par l’absence des limites physiologiques : le sommeil, la fatigue, la faim et la soif sont effacées… Du coup il peut se consacrer à un seul but : améliorer le monde. Le développement de nanites lui permet de transformer les humains en surhommes, restant individus dotés d’un esprit-ruche puisque connectés à lui (et il peut prendre les commandes) et entre eux. Évidemment, ces nanites permettent également, au besoin, de réparer les panneaux solaires nécessaires à son électricité… et il les répand sur Terre.
Pourquoi ? Il le dit à la fin du film, réincarné dans un corps créé par les nanites, alors même que le plan des éco-terroristes soutenus par le gouvernement (qui voit le danger d’une armée d’humains augmentés) réussit : parce que sa femme, qu’il continue à aimer, voulait réparer le monde…

Du coup, je suis super emmerdé.
Parce que d’un côté, Transcendance montre EXACTEMENT ce qui me fait flipper dans les IA : l’Humanité est pourrie (ne nous voilons pas la face : le pire y est certain et le meilleur probable) et la rectifier est LA chose à faire, que les Hommes le veuillent ou non, quitte à les effacer de la surface de la planète (Skynet bonjour !) et uen IA atteignant la Singularité le calculera et échaffaudera un plan quasiment imparable bien plus vite que ce que l’Humanité sera capable de le comprendre. Non, sérieusement : entre la série des Terminator, l’anime Metropolis précité, les différents RoboCop, le roman de Philip K. Dick Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? adapté au cinéma en Blade Runner, la Singularité, je ne pense pas, je ne crois pas que cela puisse quelconquement être une bonne chose.
Je suis absolument persuadé que si la Science est quelque chose de magnifique, les auteurs de fictions, les artistes ont également pour fonction d’imaginer le futur et ses dilemmes – et il y a des domaines auxquels l’Homme ne DOIT PAS toucher. La création de consciences en est un.
Sans compter sur tout ce qui montre ou raconte la corruption de la morale individuelle par le Pouvoir. Télécharger une conscience et la rendre omnisciente ? Houlà.
De l’autre… ça donne une lueur d’espoir.  Le but de Will – sauver la planète, ni plus ni moins – est quand même foutrement honorable. Pourquoi une IA ne pourrait-elle pas avoir une morale ? En l’occurrence, c’est un humain qui a été numérisé (grosso modo). Son sens moral, sa conscience sont donc transférés dans un ordinateur… Il n’a donc pas de raison de s’en séparer sous peine de perdre son intégrité mentale (physique… C’est un peu foutu. Jusqu’à ce qu’il parvienne à (ré)générer un corps à son image.) Du coup, c’est une IA qui possède une morale et distingue ce qui est bon de ce qui est mauvais, le juste de l’injuste… même si cela peut paraître flou à une conscience organique. Je ne suis pas sûr que cela ait été exploré auparavant…
Comment a-t-il fait pour garder cet objectif en tête ? Grâce à ses émotions, conservées et entretenues ?

Au final, Transcendance ne livre aucune vraie réponse. On a droit à un final très Roméo et Juliette, la questions « mais est-ce toujours le même ? » a pour seule réponse « aucune importance, étant donnée l’échelle » et c’est quand même un peu une sacrée queue de poisson.

Je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’à Donj’, tous ces personnages auraient un score d’Intelligence crevant le plafond et celui de Sagesse à un niveau abyssal… Sauf peut être Max, l’ami du couple, qui se pose des questions sur ce qu’ils ont créé dès l’instant où il se manifeste…

Max, justement. Capturé par le groupe de terroristes, il se rallie à eux… parce que ses propres opinions (résumées en « la technologie doit seconder l’Homme ») ont inspiré leurs actions.

Je ne sais pas si ce film est bon ou mauvais. Terrifiant, oui, de par ce qu’il implique ; et rassurant en une égale mesure. Quiconque s’intéresse de près ou de loin au sujet, par contre, devrait le voir, ne serait-ce que pour nourrir sa propre réflexion sur le sujet.

J’ai juste failli me prendre un fou rire : quand l’IA commence à soigner des malades, il donne la vue à un aveugle de naissance (au mépris du choc psychologique, documenté en ligne, à n’en pas douter… Tsssss.) pile poil devant le personnage incarné par Morgan Freeman. Bien sûr, notre ex-aveugle a pour premiers mots « mon Dieu. » Seriously, guys?

Publicités
Cet article, publié dans Images animées, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Transcendance / Trancendence

  1. Ping : Her | Élucubrations ursidées

Votre avis ? Une réponse ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s